Cet été, colette investit le Wanderlust pour sa music box sous les étoiles. En attendant la prochaine édition le jeudi 30 août consacrée à la Nouvelle Vague Hip Hop, rencontre avec le multi talentueux Clément Vaché, résident Kill The DJ, producteur Aswefall, ex-disquaire Da Groove et Monsieur Musique au 213 rue Saint-Honoré.
La première colette Music box remonte au 27 janvier 2011. Comment l’idée s’est construite chez colette ?
On voulait offrir un nouveau rendez-vous musical basé sur du live, qui reflète l’esprit toujours curieux de la boutique et du podcast. Chaque mois ce sont de nouveaux groupes et DJ qui viennent défendre leur EP ou leur album. Souvent peu connus du grand public ces artistes sont prometteurs.
Est-ce que le nom ‘Music Box’ était une référence lointaine au club ‘Muzix Box’ de Ron Hardy à Chicago ? J’imagine que non, mais au passage, qu’est-ce que le Muzix Box de Ron Hardy t’inspire, les premières associations d’idée qui te viennent à l’esprit ?
Ron Hardy est une référence absolue pour tous les DJ, c’est lui qui diffuse le premier la House à Chicago dans les années 80, le son Acid House va ensuite se propager en Europe. Les plus jeunes n’en ont peut être jamais entendu parler, mais sans lui nous ne danserions pas de la même manière. Je n’avais pas pensé à cela en prenant comme nom Music Box mais, après tout, cela me va bien comme référence. Dans mon panthéon il y a aussi David Mancuso, François Kevorkian, Larry Levan, Juan Atkins et Andrew Weatherall.
19 mois et 17 éditions plus tard, quels ont été les performances qui t’ont le plus marqué ?
Il y en a beaucoup qui ont été très marquantes: Connan Mockasin, Arnaud Rebotini, Mina Tindle ou The Teeers mais ceux que je retiens le plus ce sont la canadienne Grimes, gentille et si talentueuse et les jeunes toulousains Ruby Cube dont on n’a pas fini d’entendre parler je l’espère.
Le 30 août, ce sera la deuxième édition au Wanderlust, placée sous le signe du Hip Hop. A ton avis, qu’est-ce qui rend ce courant encore excitant en 2012 ?
Il est entrain de se passer beaucoup de choses dans le Hip-Hop, avec l’arrivée d’un son original venu du Dub-Step de l’Electro et de la Soul, avec des artistes comme Frank Ocean, Major Lazer, Kendrik Lamar ou Azealia Banks. En France la sauce commence à prendre avec de nouvelles têtes qu’on va vous présenter.
Passer de l’intimité de la Music Box chez colette au gigantisme du Wanderlust, vous le gérez comment ?
Alice qui s’occupe de l’organisation pour colette pourrait t’en parler mieux que moi, mais on s’adapte au lieu en proposant des activités sportives par exemple ou en habillant le lieu, on profite de l’espace tout en gardant l’esprit convivial des music box. Et puis être en plein air en bord de Seine avec du bon son ça ressemble à des vacances.
Musicalement, qu’est-ce qui t’excite en ce moment ?
Ce qui m’excite en ce moment c’est le prochain album de Deniz Kurtel mais je ne peux pas te parler que d’un seul donc en voici plusieurs :
Pour rester en forme cet été je te conseille la compile colette athleticsbien sur, sinon pour le bord de piscine les remixes de The Soft Rocks ou Peaking Lights, pour consommer français : Exotica ou Tristesse Contemporaine, pour sortir : Skip&Die ou toute la discographie du labell KMS. Pour finir avec les bombes de la rentrée : le retour spectral de The XX ou l’Indie-Reggae de Taken By Trees ou n’importe quoi produit par Johnny Jewel. Et sinon tu peux écouter le colette podcast qui fête son millionième téléchargement !
colette est certainement l’une des boutiques les plus connues au monde – avec un rayon musique qui a toujours été excitant, pointu et avec de la personnalité… Comment tu définirais le son ‘colette’ ou du moins le spectre musical de la boutique ?
Merci mais on le doit aussi à des gens comme Marie Branelec et Michel Gaubert qui, avant moi, ont privilégié l’originalité et l’éclectisme dans leurs sélections; aussi au staff musique de colette qui convertit de nouveaux adeptes chaque jours. Je dirais qu’Il n’y a pas de son colette mais plutôt un esprit colette : être curieux, passionné, ouvert, toujours aller chercher l’introuvable l’inclassable et l’inusable quitte à perturber.
Le marché du disque a connu bien des mutations ces 15 dernières années et tu es bien placé pour en parler car tu tenais toi même un magasin de disques indépendants, Da Groove, à la fin des années 90. Est-ce que tu as une certaine nostalgie de la grande époque des disques vinyles et des rassemblements de DJs au magasin ?
La numérisation de la musique et sa distribution ne profite pour le moment principalement qu’aux fournisseurs d’accès et aux opérateurs, j’espère que cela va vite changer.
Aller un jour d’arrivage dans un magasin de disques c’est quand même plus excitant que de recevoir un mail de beatport. A l’époque, chez Dagroove, tu pouvais voir 15 DJ gouailleurs, qui dés les premières mesures y allaient de leurs opinions pour gratifier telle galette de grosse tuerie immanquable ou de nullité inécoutable, c’était drôle et plein de vie. Les différentes scènes musicales se côtoyaient souvent, créant une belle émulation. Les choses ont changé mais heureusement maintenant on observe une petite renaissance du marché du vinyle dû au milieu Indie-Rock aux U.S. Sinon colette propose un choix de musiques en téléchargement sur son site internet où l’on trouve des exclusivités et des avant premières.
D’une certaine manière les disquaires de l’époque étaient les points de rendez-vous de la scène et ont forgé un sentiment de communauté et créé des rencontres. Est-ce que ça s’est perdu ?
Tenir un magasin de disques pendant 6 ans c’était vraiment formidable pour comprendre de l’intérieur la scène musicale et tisser un réseau qui m’aide aujourd’hui.
colette est dorénavant ce lieu de rencontre ouvert à l’art sous toutes ses formes et qui me permet maintenant de développer des projets passionnants comme ces collaborations avec Dirty Sound System, Ivan Smagghe, Dimitri From Paris, Get A Room! bientôt avec François Kevorkian mais aussi avec des créateurs comme Andrea Crews ou Jefferson Hack. Toutes nos compilations sont vendues uniquement chez colette et dans une boutique à Tokyo, on est donc totalement indépendant des systèmes de distributions et on ne travaille qu’avec des gens qu’on aime, c’est un luxe inégalable.
Tant que je t’ai sous la main, qu’en est-il de ton projet Aswefall ?
Aswefall revient avec un maxi qu’on espère sortir cet hiver et dans l’immédiat un remix du titre The Witch par Dombrance qui sortira ce mois-ci puis un titre inédit dans une compilation nommée Terres Neuves en novembre . On est très impatient de faire écouter nos nouvelles compositions, certains risquent d’être surpris mais ça on en reparlera la prochaine fois !
Prochaine colette music box au Wanderlust le jeudi 30 août.
Crédits Photos : Benjamin Martin (Clément) et Christelle Boulais (colette music box).
Interview réalisée par Jérôme Viger-Kohler.



