Ce week-end, Les skaters prennent le contrôle du Wanderlust pour clôturer The Vidéo Days, le concours européen de vidéos de skate. Aux platines, l’amicale des DJs qui roulent leurs billes : Crazy B et Need de Birdy Nam Nam, Manaré, Lil Pillow et DVNO pour un Cinémix furieusement free style. Figure de la scène musicale parisienne (Scénario Rock, Justice) et skater à ses heures, DVNO aka Mehdi Pinson mixera live sur les images de Hugo Kampan et de son gang Kurds Are My Heroes (K.A.M.H). Rencontre avec le Mehdi derrière DVNO.
Première question de circonstance, tu vas faire un cinémix ce samedi au Wanderlust pour The Vidéo Days. Un exercice plutôt réservé à la frange cérébrale de l’electro (Radio Mentale, télépopmusik, Jeff Mills)… Version Skate, le cinémix de DVNO ça va ressembler à quoi ?
DVNO : En tant que skater et donc fan de ce genre de vidéo je n’ai pas d’approche cérébrale de l’exercice. Pour moi cela reste instinctif et je l’espère, jouissif. Hugo et son crew ont une vision fraîche et radicale dans leur manière de filmer tout en étant proche du côté DIY du skate des années 90. C’est ce qui me séduit le plus. J’essayerai d’être proche de leur identité qui me semble être un prolongement acide et 2.0 de nos racines saupoudrées de Bath Salt.
On le sait, le skate c’est un « style de vie » – qui se décline aussi en musique donc. Punk Rock, Beastie Boys et même House aussi (rien qu’à eux deux les skaters Falcon et Busy P marquent la scène House depuis le milieu des 90′s). Quels souvenirs de musique tu associes au skate de ton côté ?
D’abord j’en profite pour dire que j’aimerais vraiment skater plus souvent avec Falcon et Busy P. Ça arrive une fois par an et c’est bien trop rare. Pour les références, c’est très classique : les Beastie Boys bien sûr, mais aussi Minor Threat, Bad Brains, Gorilla Biscuit, Suicidal Tendencies, Pixies tout autant que Public enemy, LL Cool J, Big Daddy Kane, et toute le rap de 88 à 96, ou encore Rick James, Bob James et Steely Dan. Le skate a vraiment largement contribué à mon éducation musicale tout en m’ouvrant à des trucs obscurs et parfois même plus mainstream qui flirtent avec le bon goût.
La première fois qu’on s’est rencontré, c’était dans les bureaux de Surface to Air / Vice France à Paris. On mettait au point une soirée Été d’Amour avec Vice, ça doit faire dans les 5 ou 6 ans déjà. Mon deuxième contact avec toi, c’est de mémoire en regardant le clip de Scenario Rock Both Gotta Move On. Entre le P.R. de Vice et le performer Scenario Rock, il y a avait un stretch assez bluffant, qui m’a fait accessoirement penser au parcours de Dave 1 (de Vice France à Chromeo). Y-a-t-il eu une ‘école’ Surface to Air à Paris dans les 00′s un peu comme il y a eu une école Actuel dans les années 80 ou Nova et FG dans les années 90?
C’est dur à dire. J’ai énormément de nostalgie en ce qui concerne Surface 2 Air parce que c’est vrai qu’à un moment tout convergeait vers la rue de l’Arbre Sec. Entre les fêtes mémorables, les vidéos, les séances photos, la boutique S2A, Vice, Rendez-Vous, notre studio au sous sol, etc. Cela a rapproché beaucoup de gens et concentré énormément d’énergie avant même que tout ça ne soit identifiable. La marque n’était pas aussi implantée et d’une certaine manière on faisait tous nos armes dans cette grande cours de récréation qu’était Surface 2 Air. C’était aussi important pour moi de développer une identité visuelle et un magazine que de faire de la musique. J’en rigole souvent en interview en disant justement que la devise serait un serment d’allégeance à Jérémie Rozan. J’étais là bas quasiment 24h/24, mais le plus souvent par plaisir.
Et mon troisième contact avec toi, c’est justement en matant sur Facebook ou je ne sais où une vidéo de toi faisant du skate. Un autre choc. Entre ça et le clip de Scenario Rock, peut-on dire que tu es quelqu’un de très physique ?
Tout ce que je fais est un prolongement de ma personnalité. La musique, le skate, l’image et les ramifications culturelles et /ou artistiques sont intimement liées, et comme la danse, restent un reflet de l’attitude et du style. Si c’est ça être physique alors oui peut être. C’est avant tout de la décontraction.
Ton top 3 des long-métrages au sujet du skate ou autour du skate ou avec des scènes emblématiques de skate ?
Le film Thrashin‘ (Skate Gang en français) a été une bible avant que les vidéos et les magazines soient vraiment populaires et disponibles en France. Je ne citerai donc pas de vidéos de skate. Kids a été incontournable pour toute une génération et la scène de lynchage était à la fois malsaine et galvanisante. Ceux qui skataient à Paris fin 80, à la Fontaine des Innocents par exemple, savent que les skaters étaient des proies faciles mais téméraires. La version hollywoodienne de Lords of Dogtown ne me déplait pas non plus.
J’étais de passage à l’Ile de Ré cet été et il m’a semblé qu’il y avait autant de skate parks que de terrains de camping. Est-ce le cas partout en France aujourd’hui ? Dans ce contexte, est-ce que le skate est devenu comme le handball ou le judo, un sport national sans plus trop d’esprit rebelle derrière ?
J’ai l’impression que c’est effectivement devenu un sport, que peu à peu le skate rentre dans le rang, se banalise, se démocratise et perd cet aspect subversif qui nous a tant séduit, mais ce n’est pas dépourvu de bon côtés (l »émergence de nouveaux skateparks par exemple). C’est un raccourci facile mais jouer de la guitare, c’est presque à la portée de chacun ; tout le monde peut se mettre au skate, à la musique, au graphisme, à la vidéo et de ce maelström émergent des personnalités radicales et inspirées qui rivalisent d’ingéniosité et d’attitude pour se faire remarquer et se démarquer. Et puis devant l’effet de mode qui se dégonfle, de nouveaux venus reprennent le flambeau et défendent une image du skate pas si éloignée de l’esprit rebelle original.
K.A.M.H. réalisé par Julien Ducas & Hugo Campan.
Il y a un skate park devant chez moi à Brooklyn et je suis épaté du niveau de certains kids (en plus il n’y a même pas de rampe donc ça n’a rien d’automatiquement spectaculaire) – est-ce que la scène de Brooklyn est particulièrement réputée ou tu penses que le niveau général est de plus en plus haut un peu dans toutes les grandes villes ? Et d’ailleurs quelles sont tes spots favoris à l’échelle du globe ?
J’ai un peu lâché l’actualité parce que le skate business ne m’excite pas énormément. J’ai toujours été fan de la scène skate New Yorkaise, Supreme, Brooklyn Boards, Zoo York, c’était vraiment le gratin des 90′s mais aujourd’hui c’est plus un effet de mode et du stylisme qu’autre chose. Quant au skate européen, il est devenu super lourd bien que les marques ne soient pas toujours aussi sexy. Globalement, le niveau est assez impressionnant. Les locaux de nombreux skateparks n’ont souvent rien à envier à des amateurs déjà reconnus. Pour ma part, j’adore skater au Brésil mais aussi en Californie bien que cela concentre beaucoup de clichés. Sinon à Paris on peut me croiser aux Lilas, à Montreuil ou au skatepark des fillettes surtout l’hiver et j’ai la chance d’avoir quelques potes débrouillards qui ont des mini-rampes chez eux.
Tu en es où de ton album ? Après Justice, tu collabores avec Punks Jump Up, Jamaica, Tahiti Boy, DJ Pone, Breakbot… que du bon si je puis dire et surtout beaucoup de choses à la fois. As-tu une idée précise ou ne serait-ce qu’un sentiment sur ce que tu seras dans deux, trois, cinq, dix ans ?
Je ne sais pas où j’en serais dans 2, 5 ou 10 ans. Ce que je peux dire c’est que j’ai passé les 10 dernières années prisonnier d’un deal avec SONY BMG et que je commence à peine à faire ce pourquoi j’ai été signé au départ. Je n’ai aucune amertume. J’ai beaucoup appris de ces frustrations. Je me rends compte qu’il est désormais plus simple et plus facile de faire ce que nous faisions déjà en 1998 et donc j’ai envie d’en profiter pleinement sans cynisme. Faire de la musique avec Pone, Justice c’est comme d’aller skater, mixer ou boire des verres avec mon pote So-me. Ca fait partie de mon quotidien et je n’ai aucune raison de mettre un terme à ma routine ! J’ai un album en préparation produit par Dustin N’ Guyen, des remixes de Para One, Château Marmont, Birdy Nam Nam et Emil and Friends qui arrivent, une nouvelle mixtape de 19 inédits mixés avec DJ Pone, et quelques autres collaborations en cours. Je profite pleinement de chaque opportunité sans me poser trop de questions. La musique est un médium idéal mais je ne suis pas certain que ce soit une vocation. Il parait qu’au bout de 10 ans dans une discipline on peut se considérer comme expert. Disons que j’aimerais bien en avoir le coeur net.
Ta plus grande frayeur en skate ?
Ma plus grande frayeur c’est lorsque ma planche est tombée du haut de la croisette sur la gueule d’un plagiste alors que j’essayais de me faire un Ledge. Je me suis précipité en bas sur la plage, quelqu’un avait visiblement reçu la board sur la tête puisque des gens se pressaient dramatiquement autour d’une hypothétique victime. J’ai vraiment cru que j’avais tué quelqu’un. Je me suis frayé un chemin au milieu des gens afin de prendre mes responsabilités et finalement j’ai du m’expliquer avec un type d’une quarantaine d’années assez costaud qui voulait me cogner en juste retour des choses. Le mec était enragé, j’avais 14 ans j’ai du sortir une clef de 13 pour me défendre et battre en retraite. Plus de peur que de mal des deux côtés.
Et ta plus grande satisfaction ?
Ma plus grande satisfaction reste de skater encore aujourd’hui avec autant de passion.
Ta plus grande frayeur en tant que performer ?
En fin de tournée avec SR après presque une semaine d’excès sans sommeil, je me suis retrouvé sur scène et j’ai fini avec une paralysie partielle du côté gauche. J’ai cru que je faisais une attaque et j’ai du lever le pied à la demande de mon médecin.
Et ta plus grande satisfaction ?
Un soir il y avait une fête insupportable dans un immeuble de la rue en face de chez moi. Le genre de fête où on joue du Téléphone et des tubes bien agaçants pendant que tout le monde chante en hurlant et en clopant aux fenêtres. J’étais à deux doigts de les canarder quand ils ont joué DVNO et que tout le monde reprenait le refrain en choeur. Ces enfoirés m’empêchaient de dormir avec ma propre voix. J’ai trouvé ça cool.
Tu penses qu’on peut commencer le skate passé 40 ans ou est-ce définitivement un sport de jeunes ?
Je pense qu’il ne faut pas commencer le skate à 40 ans si c’est pour avoir l’air branché et crédible mais sinon pourquoi pas. Peut être qu’à la différence de plein de kids qui débutent dans le seul but de devenir pro et d’exceller techniquement, commencer tard c’est la garantie de ne pas passer à côté de ce qu’il y a d’essentiel. De toute façon, à 40 ans le corps ne permet plus les hammers et rouler peinard pour le plaisir n’est pas une fatalité.
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