Ce jeudi, le Wanderlust met le cap au Nord avec probablement l’un des labels House les plus dynamiques du moment : Local Talk. Piloté depuis Stockholm, Local Talk fait partie de cette scène néo-House qui replonge dans le son américain du milieu des années 90 tout en lui redonnant un boost de modernité. Rencontre avec les deux activistes House derrière le label, Mad Mats et Tooli, le premier ancien breakdancer, DJ et promoteur et le second derrière le blog et les soirées 24:hrs qui ont marqué la scène nordique de ces dernières années.
La scène disco-house nordique est tellement riche que le reste du monde se demande parfois quel est votre secret. Vous avez une théorie personnelle sur la question ?
Tooli : En matière de production, les Scandinaves ont toujours été très créatifs, que ce soit pour jouer dans des groupes ou faire leur propre musique à la maison, sur un ordinateur ou un instrument. Une des raisons principales tient sûrement au fait que les jours sont très courts. D’octobre à mars, on n’a pratiquement pas de soleil, donc beaucoup de gens restent chez eux et bossent dans leur home-studio. Le résultat ? Une quantité phénoménale de musique produite… et de bonne musique (rires) ! Les Suédois ont aussi cette tendance à vouloir sortir de cette petite enclave qu’est la Scandinavie, de réussir à faire quelque chose de grand ailleurs.
Comment vous situez Local Talk par rapport à l’histoire de la scène musicale suédoise ?
Mad Mats : On est un peu à côté car le son du label n’est pas vraiment suédois. Local Talk s’inspire avant tout de la House originelle de Chicago, du New Jersey et de Londres, alors que la plupart des autres labels suédois regardent plutôt du côté de Berlin par exemple. Chez Local Talk on est beaucoup plus dans une approche organique de la House… On est des mecs plutôt funky ! (rires).
En moins de deux ans, vous avez sorti beaucoup de tracks, ce qui n’est pas commun. En général, les labels aiment bien laisser un peu de temps entre les sorties pour éviter qu’un disque chasse l’autre trop vite. Comment gérez-vous votre timing ?
Tooli : D’abord, on a reçu tellement de musique que je pense que ce serait honteux de garder tout ça pour nous, de la contenir. Notre idée, c’est d’être constamment présent dans les magasins de disques, sur les boutiques en ligne, sur les blogs et dans les clubs. On a toujours dit qu’on s’inspirait beaucoup de ce que faisait Strictly Rhythm dans les années 90 : rester tout le temps présent avec énormément de sorties, sans se compromettre sur la qualité. On ne sortira jamais un disque qu’on ne jouerait pas nous-même en club.
Le son de Local Talk est vraiment House. Ni slow-mo, ni minimal, ni vraiment deep, plutôt proche de la House classique ou originelle. Est-ce que vous y voyez une certaine tradition à respecter ?
Mad Mats : En fait, même si nous sommes évidemment inspirés par la House ‘old school’ si on peut dire, nous sommes toujours à la recherche de nouveaux sons. On ne va pas nécessairement sortir que des tracks à l’ancienne à la New Jersey… mais bon, oui cela va rester de la House dans le vrai sens du terme.
Kyodai sur Local Talk (en DJ et live ce jeudi au Wanderlust)
Il y a une bonne part de nostalgie ? Cela fait plus de vingt ans que vous êtes des activistes de la scène…
Tooli : Bien sûr. C’est comme toutes les musiques que tu as découvert quand tu étais jeune, tu en gardes une émotion inoubliable. Mais nous ne nous voyons pas comme des gens vraiment nostalgiques, juste ouvert d’esprit sur les vieux et les nouveaux trucs, tant qu’on les sent bien !
Vous avez créé une subdivision de Local Talk qui s’appelle 1nce Again, pour justement faire des rééditions de morceaux de House des années 90. Vous pensez qu’on est en plein revival de cette période, de ce son ?
Mad Mats : Oui, c’est vrai qu’en ce moment le son du début et du milieu des années 90 est redécouvert et à l’honneur. C’est dans l’air du temps. Mais bon on est tout à fait conscient que ça peut être une phase qui sera terminée la semaine prochaine. Avec Local Talk, on ne veut pas vraiment s’arrêter à ça. On sort de la bonne musique sans regarder de quelle période elle vient ! Avec 1nce Again, l’idée était de mettre à disposition du plus grand nombre de la musique qui, quand elle est sortie, n’avait pas l’exposition qu’elle peut avoir aujourd’hui.
Mateo & Matos, le son des 90′s ressort sur 1nce Again.
J’ai interviewé Bottin et il disait qu’après le revival nu-disco, beaucoup de DJs et de producteurs se penchaient sur le son House des années 90. Il trouvait ça un peu triste et pas très passionnant ou en tous cas pas très novateur, juste la répétition cyclique l’histoire de la dance music. Vous êtes d’accord avec ce constat ?
Tooli : On peut le décrire comme un cycle. Mais la bonne musique ne disparaît vraiment jamais et reste toujours là, à portée de main. Et si les gens sont inspirés aujourd’hui par des vieux trucs, ça ressort. Je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose.
A votre avis, quel est la musique la plus futuriste en ce moment ?
Mad Mats : Caribou, Joy Orbison, J Dilla, Pepe Bradock.
Tooli : Theo Parrish, The Thing & Neneh Cherry, Matthew Herbert, Goran Kajfes Subtropic Arkestra.
La fin de l’été est derrière nous. Y-a-t-il un été indien en Suède ? La Suède peut être aussi très baléarique, non ?
Mad Mats : Nous sommes en plein dedans. Le meilleur spot pour le coucher de soleil, ce sont les archipels suédois. Tooli a grandi en dehors de Stockholm, tout près de ces petites îles et on ne fait pas plus baléarique !
Toutes catégories confondues, quel est l’artiste suédois qui vous inspire le plus ?
Tooli : Jan Johansson, le pianiste jazz et compositeur suédois. Sa musique parle d’elle-même.
Jan Johansson (1931-1968) et son quartet
Interview réalisée par Jérôme Viger-Kohler.

