J’ai l’impression que la grande magie du Magician, ton succès en tant que DJ et producteur, tient beaucoup à ton charisme. Tu es probablement un des DJs les plus cools de la scène…
Merci ! C’est difficile de parler de soi-même et de savoir quelle image est envoyée à ceux qui nous regardent. La musique est une réelle passion depuis toujours, je fais cela par pur plaisir sans (trop) faire de concessions, j’imagine que c’est cela que l’on ressent ? Il est vrai que les artistes que j’apprécie ont toujours « ce petit plus » qui les rend charismatiques.
L’autre baguette magique du Magician, ce sont évidemment les Magic Tapes, qui ont bâti ta notoriété de DJ après la fin d’Aéroplane. Ce qui fait avant tout leur succès, c’est le choix des tracks, souvent exclusifs : tu as remis le rôle de tastemaker, de sélector, de passeur du DJ en avant. Quel est ton processus de sélection d’une Magic Tape à l’autre ?
Généralement je reçois beaucoup de musique à l’avance et avant même le début de la promo officielle. Il y a même certains artistes qui terminent leur morceau juste à temps pour peut-être avoir une chance de se retrouver sur une Magic Tape. C’est assez dingue ! C’est finalement un bon deal pour chacun, moi ça me permet d’assouvir mon besoin de mixer un morceau inconnu et l’artiste, lui, ça lui permet de se faire connaître au grand public. Je trie toute la musique que je trouve et reçois au fur et à mesure dans un fichier que je nomme par le numéro de la Magic Tape. Le veille de la sortie, je commence une première sélection d’environ 40 à 50 titres. Je commence le mix le jour de sa sortie pour être certain de ne rater aucun track de dernière minute ! Le processus est 100% digital.
Comme a dit Michael Gomes à la fin des années 70 dans son livre The Disco Files : “Les producteurs sont là, mais pour moi le DJ est au sommet de la pyramide. C’est lui qui tient le destin de tout le monde dans ses mains. C’est lui qui fait et défait les hits.” Tu penses que c’est toujours vrai ?
Je suis 100% d’accord ! De plus, aujourd’hui le DJ a besoin de produire ses propres morceaux pour les jouer lui même en public (reconnaissance). Quant au producteur, lui, il est devenu DJ mais principalement pour pouvoir gagner de l’argent plus facilement.
Tu n’as jamais pensé parler ou annoncer les titres sur les Magic Tapes, une sorte de Top 10 mensuel ? Ou même de prendre le micro en club, comme faisait les DJs italo disco avant même que les mixeurs soient inventés ?
En effet, ça serait génial d’annoncer les morceaux au micro mais uniquement en club et pas sur une mixtape. J’y avais déjà pensé et j’y pense encore. Quand il y a un micro, je suis à deux doigts d’essayer ! Si je ne l’ai pas encore fait, c’est surtout par timidité car encore aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à entendre ma propre voix.
Tu es un héros de la scène néo-disco si on peut dire, un son totalement moderne, très dancefloor et club qui lorgne vers la pop, très efficace, très sexy, très 80′s. Il semble que ce son s’est imposé sur la scène club mondiale depuis le début des 2010′s. Est-ce que tu as des artistes fétiches qui sont totalement en dehors de cette scène, des petits plaisirs secrets qui te sortent complètement de l’univers The Magician?
Bien-sûr, j’écoute énormément de musique de styles différents. Je peux écouter de la musique classique comme de la Pop, du Folk ou du Reggae. Brahms, Mozart, The XX, Bon Iver, Supertramp, Serge Gainsbourg, Bob Dylan…
Si tu devais faire ré-apparaître un artiste disparu ?
Serge Gainsbourg.
Très sérieusement, on sait que la magie est une affaire de tricks, vis-tu pour autant dans un univers très rationnel ? Certains producteurs pensent par exemple qu’une boite à rythme a une âme… C’est ton cas ?
Bien sur, sans magie, la vie serait tellement monotone !
Tu as dit dans une interview qu’au début des années 90, tu sortais beaucoup mais tu ne te considérais pas comme un vrai clubber. Tu y allais un peu en observateur, tu regardais comment les gens dansaient. Est-ce quelque chose que tu as gardé aujourd’hui, ce recul, ce deuxième degré ? Tu penses que le style fait tout ?
Oui ça n’ a pas changé, je reste un observateur. Je pense que le style d’un artiste, voir d’une personne fait 50% de son image, sa personnalité. Que ce soit dans la rue ou dans un club. Au début des années 90, la Techno avait son style, la Trance le sien et la House encore un autre.
Au sujet de la scène Dance mondiale, certains se plaignent du fait qu’on serait dans un recyclage constant, avec très peu d’innovation, ou en tous cas, pas de révolution. Quel regard global portes-tu, toi qui a maintenant plus de vingt ans d’expertise ?
Il est vrai que le recyclage est constant mais les techniques de production évoluent. Ces techniques sont parfois très intéressantes mais on ne peut pas parler de révolution ! Pour révolutionner la musique, il faudrait créer de nouveaux instruments et peut-être les jouer dans un environnement inconnu.
A ton avis, où est le centre d’attraction de la dance music aujourd’hui ? Est-ce vraiment online ?
Le centre d’attraction de la dance music est dans les Festivals. Les clubs européens sont en perdition. Par exemple, en Belgique, si l’on compare 2012 avec 2002, les festivals ont pris le dessus sur les clubs. Il doit rester maximum 5 clubs cool en Belgique alors qu’en 2002 il y en avait encore une vingtaine. L’attraction est aussi évidemment online mais impossible de ressentir les mêmes sensations que devant un soundsystem car la dance music, c’est avant tout de la musique pour danser.

