Portrait

ARNAUD L’AQUARIUM

 

Samedi 27 octobre, le Wanderlust continue son exploration de la Renaissance Disco avec un vétéran de la scène parisienne, Arnaud L’Aquarium. DJ légendaire de FG dès le tout début des années 90 quand la Radio s’appelait encore Fréquence Gaie, Arnaud passe en coulisses au tournant des années 2000 avant de réapparaître ces jours-ci avec son projet Aquarium Radio, dédié au Nu-Disco. De l’Ambient Detroit au Disco Nouveau, rencontre dans l’Aquarium pour une petite histoire des musiques qui Dance.

 

Ma première rencontre avec toi remonte à 1993 ou 1994 dans les studios de FG de la rue Rébeval où tu animais l’émission Atlantis. J’ai toujours gardé l’image d’un DJ de rave avec une approche intello et zen. Est-ce que j’étais à côté de la plaque ?

Complètement !  Je suis à l’origine un DJ radio, je faisais les nocturnes entre 1987 et 1992 sur Europe 2 et West FM pour y jouer du laid-back, West Coast Music et puis Detroit ambient sur Fréquence Gaie de 1992 à 2000, puisque là, c’était l’après midi. David-Brun-Lambert, écrivain et journaliste, avait à cette époque écrit « Arnaud est un DJ de musiques électroniques sans frontières et fortement inspiré par les cultures afro-américaines ».  C’est la seule étiquette que j’ai acceptée. Je suis comme tout le monde : j’aime la musique dans sa globalité, je pense que chaque occasion, chaque lieu, a sa propre musique, et que c’est le job du DJ de trouver la musique qui va sublimer un moment, un public. D’ailleurs je me retrouve déjà plus dans l’approche de la génération du milieu des années 90s, qui avait digéré rapidement tous les styles de musiques. Le meilleur exemple reste Daft Punk, quand tu ré-écoutes Homework, tu y trouves des influences techno/hard tech, Chicago House, Deep House, Detroit, Disco…. Et bien au delà. Tu y retrouves beaucoup d’influences des années 70, 80, aussi. J’ai toujours eu du mal avec les étiquettes de styles, et j’aime les contrastes, quand tu passes d’un style à l’autre, ça crée bien plus d’émotions sur un dancefloor. D’ailleurs, les DJs Nu-Disco d’aujourd’hui jouent fortement avec ces contrastes.

 

Tu fais partie de cette première génération de la scène électronique en France, les premières raves, Radio FG, le magazine eDEN, les disquaires BPM et Rough Trade. Quel regard tu portes sur cette période ?

Je ne fais pas partie malheureusement de la ‘première génération de la scène électronique’ en France ! Les premiers Français à arriver sur cette scène sont des gens comme Pierre Schaeffer… Mais je n’ai aucun rapport avec cette école ‘concrète’ ou intello – new age… Je suis dans la musique dite ‘festive’. Ensuite il y a eu des gens comme Jean-Michel Jarre, déjà plus accessible que le premier… Puis vers le milieu des années 70s, des gens comme Cerrone, ou Didier Marouani du groupe Space, que je joue depuis toujours dans mes sets de DJ. Puis une génération suivante avec des Français comme François Kevorkian… Si Giorgio Moroder lit cet article je ne crois pas qu’il serait d’accord sur le fait que les musiques électroniques soient apparues dans les années 90s.

 

 

Oui bien-sûr, je voulais parler de la scène électronique que l’on connaît aujourd’hui, celle, post-Techno et House, des raves et de la club culture.

La génération de français de musiques électroniques dont tu parles est la cinquième ou sixième. Il a souvent été dit par erreur que toutes ces musiques étaient nouvelles dans le début des années 90s, mais c’est faux. Il y a eu un engouement du public à ce moment là, c’est différent. Pendant que d’autres, depuis la fin des années 60, puis les années 70, et 80 on fait pleins d’albums et de musiques électroniques extrêmement intéressantes et pour une grande partie passées inaperçues. Il y a par exemple une très riche discographie de producteurs français d’Electronic Music dans les années 70s. Mais c’est sûr que j’aime la scène électronique d’aujourd’hui. L’Electro a donné du sang neuf à tous les autres styles, et il ne doit pas y avoir beaucoup d’artistes aujourd’hui, tout univers confondus, qui ne s’inspirent pas, ne serait-ce qu’un peu, de cette culture.

 

Mais alors les années 90, tu en fais quelle analyse ?

Je pense qu’il y a eu un vide absolu sur la création musicale dans les années 90s, et qu’il y a eu des DJs et des groupes qui, avec de nouvelles machines comme le sampler, synthés et les boîtes à rythmes, ont créé un mix global, un genre de remix dub sur tout ce qui s’était fait auparavant pendant le XXe siècle…..C’est la base même de l’électronique des années 90s : la Detroit techno a ‘pitché’, durci, et ‘dubifié’ la Motown…. Et même là ce n’était pas nouveau, c’était juste une ‘manipulation’ journalistique pour créer une bonne histoire et pour épater le public. Il suffit de réécouter en 1981 Cybotron Alleys Of Your Mind ou Cosmic Cars premiers disques de Detroit Techno. Et puis c’est sans parler de Funkadelic et une multitude de musiques disco-psychée, expérimentale, dub ou cosmic publiées avant… Je regarde les années 90 de façon dubitative. Je suis très sceptique quant à la création musicale sur cette période. Les raves party et l’engouement du public pour les musiques électroniques, ça c’était nouveau. D’ailleurs on en a bien profité, et c’était fun. Il est même possible qu’on se soit autant amusé que nos grands frères lorsqu’ils allaient faire la fête au Paradise Garage de Larry Levan !

 

 

Avec ton nom de DJ, on peut t’affilier directement avec les Guillaume la Tortue, Olivier Le Castor, Jérôme Pacman, toute cette bande de DJs avec des noms imagés. Tu étais proche de ces gens-là, y avait-il une sorte de camaraderie ?

Oui c’est un type incroyable, Sal Russo, propriétaire du légendaire record shop BPM à Bastille qui a donné à ces DJs tous ces noms imagés. Du coup je porte un nom débile depuis toujours, à cause de lui. Je suis proche d’Olivier le Castor avec qui je partage une culture similaire, J’aime aussi le travail d’autres DJs français comme DJ Deep, Dimitri from Paris ou Laurent Garnier.

 

J’ai  l’impression que tu disparais des radars ensuite, probablement autour de la fin des 90s, pour réapparaitre aujourd’hui avec l’Aquarium Radio. Qu’est-ce que tu as fait pendant cette période ?

Oui, en 2000 j’ai monté une société de distribution, Topplers, ou nous avons distribué en exclusivité des labels comme Roulé Music, Crydamoure, et bien d’autres. Nous avons vendu plus de 15 millions de vinyles French Touch aux 4 coins du monde. J’ai arrêté lorsque Traktor est arrivé sur le marché, signant l’arrêt de mort du vinyle. Je ne me suis pas trompé. Mais cela dit, j’aime ce qu’apporte la révolution digitale, j’aime la technologie, j’aime Internet. Cela a toujours été un élément fédérateur pour tous les jeunes qui aiment la musique électronique, peu importe la tribu et le style. Nous sommes entrés dans l’ère de l’information depuis le début des années 90s, la fin de l’ère industrielle donc, c’est une période pleine de bouleversements.

 

 

Les 00′s marquent notamment la fin de l’industrie musicale telle qu’on la connaissait encore à la fin du XXeme siècle…

Oui l’industrie musicale, celle née dans les années 50 est au plus bas. Elle a été gérée par des gens des Majors depuis le début des années 80s, et des hommes politiques, assez âgés, et ils ne comprennent pas et surtout n’aiment pas internet ni les nouvelles technologies. Hadopi est un bel exemple de cette incompréhension. Mais je ne ne suis pas là pour défendre ‘l’industrie Musicale’ (ni aucune industrie d’ailleurs) et les Majors n’ont jamais été là pour défendre la création musicale. J’ observe aussi sur cette période, que les très jeunes artistes sont prescripteurs comme ils ne l’ont jamais été auparavant. L’époque dans laquelle nous vivons, et pendant les années 00s, est la maturation d’un phénomène apparu durant les années 80s qui a vu un raffermissement sans précédent de l’hégémonie capitaliste conjugué à un ‘jeunisme’ par lequel les jeunes, leurs goûts, leurs cultures, ont été déifiés.

 

L’Aquarium Radio est dédiée au Disco Moderne et à ses ramifications deep, indie dance, electro… Mais je trouve ça assez surprenant de ta part. Je t’aurais plutôt vu dans la tendance plus cérébrale, Detroit, ambient que Disco. Est-ce encore une erreur de jugement de ma part ou tu as toujours été disco dans l’âme ?

Disons la vérité, la disco ce n’est pas Karen Cherryl ou Village People. Tous ceux qui ont aimé la Detroit Techno, la House de Chicago, la Techno qui groove, ont par définition un faible pour une Disco psyché dub, cosmic des années 70. D’ailleurs puisqu’il faut rentrer dans un tiroir étiquette, pour plus de clareté, je dirais que j’aime toute forme de musique électronique trouvant une origine même lointaine dans le répertoire Disco.

 

Et donc la Nu disco comme étiquette, ça te va ?

Oui! C’est la première fois en 20 ans de DJing que je veux bien porter une étiquette sans avoir l’impression qu’elle soit réductrice. La Nu-Disco est un genre post-punk, post-techno, post-house, qui reprend ce qui s’est fait jusqu’à aujourd’hui, puisant dans toutes les chapelles musicales du XXe siècle, pour sortir la musique ultime qu’il faut pour ce soir. C’est une scène jeune et passionnante, Aquarium-Radio diffuse non stop le son Nu-Disco et indie Dance.

 

 

Le dernier morceau de Disco moderne qui t’a bluffé ?
Mario Basanov – « We Are Child of Love ». Un hymne underground de la Nu Disco, fait par un jeune lithuanien, une pure beauté, des paroles profondes, un titre qui réussit à fédérer un peu tout le monde.
Accrocheur mais pas racoleur. Juste cool.

 

Quels sont à ton avis les leaders de la Disco-aristocratie actuelle ?
Les Daft Punk devraient arriver avec des trucs cool. The Magician, Future Classic, Hot Creations,  Ed Banger , Maceo Plex, risquent de continuer à mener la danse. De mon côté, je sors mon second disque le 22 octobre : JKriv & Dj L’Aquarium Ocean Deep, ainsi que plusieurs singles de mon groupe Kool Bandits ou le buzz commence fort, et quelques projets avec Lady et Leroy Quintyn sur Hands On Productions.

 


 

Arnaud l’Aquarium, c’était aussi une voix il me semble, est-ce qu’on t’entend dans ta radio ?
Je suis le premier à être saoulé par les pubs ou les animateurs radios, donc on m’entends causer dans le poste, mais vraiment à petite dose. En plus je ne suis pas super bavard. Personne ne s’est jamais noyé dans le flot de mes paroles.

 

Et le Arnaud l’Aquarium qui va jouer au Wanderlust, est-il définitivement Nu-disco, as-tu des réminiscences de ta période rave ou après tout les deux font bien la paire ?
La Nu-Disco est un style global qui réussit à intégrer pleins de ramifications. Mais au final il n’y a que deux styles : les bons et les mauvais disques. Je vais soigneusement choisir les bons pour Wanderlust.

 

Interview réalisée par Jérôme Viger-Kohler.

Le samedi 27 octobre, Wanderlust présente Arnaud L’Aquarium, A.N.D.Y., Nacho Marco et Fabrice Lamy. A partir de 18h.

 

Magazine